Souveraineté alimentaire : «Reprenons notre destin en main»

Le 31/05/20

La peur d’une pénurie alimentaire, qui a poussé certains de nos concitoyens à faire des réserves de farine, de pâte ou encore de lait, n’était fort heureusement qu’un spectre. La mobilisation spectaculaire des agriculteurs, des salariés de l’agroalimentaire ou encore des employés de la grande distribution, pour ne citer qu’eux, a permis à nos concitoyens de continuer à se nourrir avec des produits de qualité, issus de l’ensemble du territoire français.

Aujourd’hui, la France importe environ 20 % de ses denrées alimentaires : avec 80 % d’autoproduction nous pouvons dire que nous sommes encore « souverains » en matière d’alimentation. Quelle tournure aurait pris la crise si cette proportion avait été de 60 % ou plus basse encore ? Il est probable que la crise sanitaire se serait aggravée d’une crise alimentaire, avec un manque de denrées dans les rayons et une flambée des prix. Fort heureusement, nous n’en sommes pas là et ce scénario catastrophe relève encore de la fiction. Et pourtant, force est de constater que notre souveraineté alimentaire, si précieuse, est de plus en plus menacée. La balance commerciale alimentaire de notre pays n’a cessé de se dégrader, passant ainsi de 12,5 milliards d’euros en 2011 à 6,8 milliards en 2018 (source Inra).

La suppression des outils de régulation européens, la signature de traités commerciaux permettant l’importation de produits à bas prix mais aussi de basse qualité, ou encore la rigidité des règles de la concurrence de l’UE ont participé à la perte de compétitivité de nos filières, ne pouvant lutter à armes égales sur un marché ultra libéralisé. L’optimiste que je suis voit pourtant dans cette crise une opportunité : celle pour la France et l’Europe de reprendre leur destin en main. Non, l’agriculture et l’alimentation ne peuvent être considérées comme n’importe quels secteurs d’activité. « Déléguer notre alimentation à d’autres est une folie », a lui-même constaté Emmanuel Macron. Alors, pour éviter le scénario catastrophe que j’évoquais plus haut, il va falloir très rapidement aligner les actes aux mots.

A court terme, nous avons besoin d’un plan spécifique de soutien aux filières mises en difficultés par la crise : je pense par exemple à nos productions de fromages AOP qui ont vu leurs débouchés drastiquement réduits pendant le confinement. Les mesures d’aides au stockage activées à Bruxelles et soutenues par notre ministre de l’Agriculture sont une première avancée, mais ne seront pas suffisantes. Il nous faudra aussi collectivement veiller à ne pas retomber dans une nouvelle guerre des prix, alors que la menace déflationniste pèse. La loi EGalim (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable) avait initié une dynamique vertueuse pour permettre aux producteurs de vivre décemment de leur métier. Elle devait également donner les moyens à toute la chaîne de valeur d’accélérer la transition agroécologique. A nous, producteurs, transformateurs et distributeurs, d’être vigilants et solidaires, avec le soutien des pouvoirs publics, pour que ne soient pas balayés d’un revers de la main les efforts entrepris collectivement depuis deux ans.

A moyen et long terme, il nous faudra aussi être beaucoup plus offensif pour défendre la mise en place d’outils de régulation pérennes au niveau communautaire, en lieu et place des cataplasmes actuels, activés uniquement quand les filières sont acculées. Je pense par exemple à un nécessaire assouplissement des règles de la concurrence. Oui, produire un litre de lait a une valeur minimum ! La sacrifier sur l’autel de la sacro-sainte « libre concurrence » européenne n’est plus acceptable. Comme la santé, l’alimentation doit faire exception.

Il n’est pas trop tard mais il nous faut réagir vite, collectivement. Nous avons beaucoup d’atouts. Trois agriculteurs français sur quatre sont organisés en coopératives, implantées sur l’ensemble des territoires et engagées avec conviction dans la transition écologique. Ce modèle, la crise actuelle nous en révèle la pertinence. Il conjugue en effet trois critères essentiels : proximité, quantité et qualité. Toutefois, nous ne pouvons compter sur le seul héroïsme des agriculteurs, et notamment des coopérateurs, pour garantir notre souveraineté alimentaire (tout comme nous ne pouvons compter sur le seul héroïsme des personnels soignant pour porter notre système de santé). Le caractère vital de notre travail justifie une politique de régulation, collectivement assumée par nos concitoyens et nos pouvoirs publics.
 

Retrouvez cette tribune de Damien Lacombe dans Le Parisien en cliquant ici.

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